Diversité religieuse : L'urgence d'un changement post-séculaire

Adopter un paradigme post-séculaire n'est pas seulement nécessaire, mais urgent pour gérer la diversité religieuse dans les démocraties libérales modernes.

Une célébration de la diversité religieuse avec le Très Révérend Francisco González, le Rabbin Haskel Lookstein et le Dr Ingrid Mattson à la Cathédrale Nationale de Washington. Photo de Donovan Marks.

Un nouveau paradigme pour la diversité religieuse

La diversité religieuse dans les démocraties libérales est bien plus qu'un simple détail statistique ; c'est une question sociale complexe aux implications vastes. Dans de nombreux pays, l'approche traditionnelle pour gérer cette diversité a été le sécularisme. Selon ce système, la religion est souvent marginalisée, traitée comme une affaire privée devant avoir un impact minimal sur la vie publique. Bien que cette approche séculière présente certains mérites, elle s'avère de plus en plus inadéquate pour traiter les complexités d'un paysage religieux diversifié.

Les failles du modèle séculier sont évidentes. L'approche suppose une séparation stricte entre le religieux et le séculier, mais de telles démarcations sont souvent floues et dépendantes du contexte. De plus, l'approche séculière a tendance à généraliser les communautés religieuses, ignorant la riche tapisserie de croyances et de pratiques en leur sein. Elle peut involontairement marginaliser les minorités religieuses, conduisant à des sentiments d'exclusion et de discorde sociale. Cela est particulièrement problématique alors que le monde assiste à des migrations massives, rapprochant les personnes de divers horizons religieux plus que jamais auparavant.

Reconnaissant ces limites, les chercheurs et les décideurs plaident pour un nouveau paradigme : le post-sécularisme. Cet article vise à détailler les complexités de cette perspective émergente. Contrairement au modèle séculier, qui cherche à marginaliser la religion, le paradigme post-séculier reconnaît le rôle essentiel que la religion joue dans la vie des gens. Il encourage une compréhension plus nuancée de la diversité religieuse, promouvant l'inclusion plutôt que l'exclusion. L'article soutient que l'adoption d'une approche post-séculière peut offrir un moyen plus équitable et efficace de traiter la diversité religieuse dans les démocraties libérales.

Le paradigme de la sécularisation et ses limitations

Le paradigme de la sécularisation a été la pierre angulaire de la manière dont de nombreux pays d'Europe du Nord et de l'Ouest perçoivent et gèrent la diversité religieuse. Dans ces nations, la modernité et le progrès sont souvent confondus avec le sécularisme, créant un environnement où l'adhésion religieuse est de plus en plus considérée comme un vestige d'un passé moins éclairé. Bien que cette approche puisse sembler neutre, ses limites deviennent évidentes lorsqu'il s'agit de traiter avec des communautés religieuses minoritaires.

Alors que le christianisme fait l'expérience de la culturalisation dans les sociétés laïques, les communautés religieuses minoritaires, en particulier les musulmans, font face au phénomène opposé : la religionisation.

Dans un cadre laïc, les identités religieuses sont souvent marginalisées à la sphère privée, jugées incompatibles avec la vie publique. L'engagement de l'État envers la neutralité religieuse, bien qu'intentionnellement noble, a tendance à négliger la nature multidimensionnelle de la religion. Le paradigme laïc rend souvent invisibles les aspects doctrinaux, éthiques, rituels et culturels qui composent une religion, en particulier celles pratiquées par les minorités. Ce faisant, il perpétue un récit simplifié qui isole et diminue les communautés religieuses.

De plus, cette perspective simpliste conduit à ce que certains chercheurs appellent la « culturalisation de la religion », en particulier du christianisme. Dans ce contexte, le christianisme est plus valorisé comme une identité culturelle ou civilisationnelle que religieuse. Parallèlement, l'opposé se produit pour les religions minoritaires, notamment l'islam, à travers un processus connu sous le nom de « religionisation ». Ici, les aspects religieux des pratiques culturelles sont indûment soulignés, rendant ces communautés plus susceptibles à la marginalisation.

Le paradigme de la sécularisation opère également dans un cadre civilisationnel comparatif, contrastant souvent le christianisme avec l'islam. Cela ne fait pas seulement perpétuer des idéologies clivantes, mais masque également les complexités au sein de chaque tradition religieuse. Bien que le modèle laïc ait pu bien servir ces pays par le passé, il devient de plus en plus inadéquat pour gérer la complexe tapisserie de la diversité religieuse dans la société contemporaine.

La culturalisation du christianisme

Dans les sociétés laïques, en particulier celles du nord et de l'ouest de l'Europe, le christianisme subit une transformation profonde. L'accent passe de ses fondements théologiques à ses expressions culturelles. Ce changement permet au christianisme de maintenir sa position sociale, même si son rôle en tant que religion s'atténue.

Ce qui entraîne cette transformation n'est pas une évolution naturelle de la croyance, mais plutôt un recadrage stratégique. Ce recadrage s'adapte à la tonalité laïque de l'État et de la société. En mettant l'accent sur les aspects culturels—comme l'art, l'histoire et les valeurs morales—, le christianisme sécurise sa place dans le tissu social en tant qu'identité civilisationnelle plutôt que purement religieuse. Cette identité culturelle devient souvent particulièrement saillante dans les cadres comparatifs où le christianisme est contrasté avec d'autres religions, en particulier l'islam.

La religionisation prive les communautés musulmanes de la nature multifacette de leurs pratiques et croyances.

Le rebranding du christianisme en tant que culture remplit un double objectif. Premièrement, il permet l'inclusion de symboles et valeurs chrétiens dans la vie publique sans violer l'engagement de l'État envers la neutralité religieuse. Deuxièmement, il fournit un marqueur d'identité commun qui unit les gens au-delà des affiliations théologiques. Cependant, cette transformation n'est pas sans ses défis. Alors que les aspects culturels du christianisme sont mis en avant, son essence spirituelle peut être compromise, conduisant à un engagement plus superficiel avec la religion elle-même.

La culturalisation se produit également dans un contexte relationnel, souvent implicitement établi sur fond d'islam. Cela non seulement renforce le statut du christianisme comme composant définissant de la « civilisation occidentale », mais contribue également à l'altérisation des pratiques et identités islamiques, souvent perçues à travers un prisme religieux plutôt que culturel.

Religionisation : Surmonter la simplification

Alors que le christianisme fait l'expérience de la culturalisation dans les sociétés laïques, les communautés religieuses minoritaires, en particulier les musulmans, font face au phénomène opposé : la « religionisation ». Ce terme fait référence à l'accent excessif mis sur les éléments religieux au détriment de nuances culturelles plus larges. Une telle perspective déséquilibrée affecte non seulement la perception publique, mais aussi la formulation des politiques.

Prenons le débat en France sur l'interdiction des abayas dans les écoles publiques comme exemple. Le discours entourant cette question réduit souvent l'abaya à un simple symbole religieux, ignorant sa signification culturelle complexe. En faisant cela, des politiques comme celles-ci tombent dans le piège de la caractérisation monolithique, sapant les identités stratifiées que possèdent les individus. En essence, la religionisation prive les communautés musulmanes de la nature multifacette de leurs pratiques et croyances.

La perspective post-séculaire offre une manière plus inclusive et nuancée de gérer l'interaction complexe entre les communautés religieuses et laïques.

De plus, la religionisation des communautés minoritaires contribue à l'exclusion sociale. Lorsque les traits religieux deviennent la caractéristique définissante unique, l'intégration dans la société dominante devient un défi. L'approche perpétue l'altérisation, menant à une société fragmentée où la compréhension mutuelle est compromise.

Ainsi, la religionisation ne déforme pas seulement les communautés minoritaires, mais favorise également un environnement où la polarisation prospère. Elle force des identités complexes à se conformer à des catégories étroites, affectant à la fois la cohésion sociale et la liberté individuelle. Cette focalisation biaisée appelle à une réévaluation de notre approche de la diversité religieuse, plaidant pour une compréhension plus nuancée qui dépasse les étiquettes réductrices religieuses ou culturelles.

Vers un avenir inclusif : La perspective post-séculaire

Se libérer des limites du modèle de sécularisation nécessite une nouvelle approche pour gérer la diversité religieuse. C'est là qu'intervient le post-sécularisme, un cadre théorique souvent attribué au philosophe influent Jürgen Habermas. La perspective post-séculaire offre une manière plus inclusive et nuancée de gérer l'interaction complexe entre les communautés religieuses et laïques.

Contrairement au modèle séculaire conventionnel, qui oppose souvent la religion au sécularisme, l'approche post-séculaire favorise une relation symbiotique entre les deux. Elle reconnaît que les croyances religieuses et le raisonnement séculaire ont tous deux des rôles à jouer dans la formation de la société. Ce faisant, elle permet un environnement où diverses formes de pensée peuvent coexister sans compromettre leur intégrité.

Dans le schéma post-séculaire, les pratiques religieuses ne sont pas seulement tolérées, mais respectées pour leur valeur intrinsèque. Dans le même temps, le raisonnement laïque conserve sa fonction critique sans supprimer l'expression religieuse. Cela crée un cadre où le dialogue, plutôt que l'opposition, devient la norme.

Adopter une lentille post-séculaire encourage les décideurs politiques à revoir les anciens cadres législatifs. Ces changements pourraient conduire à des lois plus équitables qui prennent en compte les identités complexes de leurs citoyens, s'éloignant des catégories binaires.

Aborder les inégalités à travers le paradigme post-séculaire

Le cadre séculaire conventionnel a souvent involontairement ancré des inégalités en opposant les perspectives religieuses et laïques. Le paradigme post-séculaire sert de lentille corrective, offrant une approche plus nuancée et équitable pour gérer la diversité religieuse.

La force de l'approche post-séculaire réside dans son engagement en faveur de l'équilibre. Contrairement au modèle séculaire, qui tend à privilégier le sécularisme sur la religiosité, le paradigme post-séculaire valorise les deux points de vue de manière égale. Il comprend que les perspectives religieuses et laïques peuvent coexister et contribuer au discours public.

En reconnaissant la valeur intrinsèque de chaque perspective, le paradigme post-séculaire ouvre la voie à des politiques plus équitables. Il va au-delà de la simple tolérance pour s'engager activement, favorisant un environnement propice au dialogue significatif. Cette interaction enrichit les deux communautés, menant à une société plus inclusive.

Le passage à un modèle post-séculaire force une réévaluation des politiques et lois existantes qui peuvent avoir marginalisé de manière disproportionnée les minorités religieuses. Par conséquent, il représente une étape tangible vers la rectification des inégalités systémiques.

Conclusion : L'urgence d'un changement post-séculaire

Le moment actuel dans les démocraties libérales exige une transition immédiate vers un cadre post-séculaire. Alors que la diversité religieuse devient un sujet de plus en plus critique, le paradigme séculaire révèle ses limites pour favoriser une véritable inclusivité. Par conséquent, la nécessité d'un changement paradigmatique est non seulement opportune, mais urgente.

Cet article se présente comme un appel critique à l'action pour les décideurs, les universitaires et les citoyens. Il incite à une réévaluation complète de notre manière de gérer la diversité religieuse, tant dans le discours public que dans la politique. Les lacunes du modèle séculaire — ses simplifications excessives, ses biais involontaires et sa perpétuation des inégalités — nécessitent ce changement.

Le paradigme post-séculaire offre une lentille plus holistique et équitable pour appréhender la diversité religieuse. En adoptant ses principes, nous pouvons viser une société où plusieurs foi et systèmes de croyances coexistent harmonieusement avec des idéologies laïques. Cela ne bénéficie pas seulement aux communautés religieuses ; cela enrichit la société dans son ensemble, la rendant plus pluraliste et plus inclusive.

En résumé, les enjeux sont élevés et le moment du changement est maintenant. Adopter une approche post-séculaire nous permet de gérer la diversité religieuse de manière efficace et équitable, jetant les bases d'une société véritablement pluraliste.

Adapté à partir d'un article académique pour un public plus large, sous licence CC BY 4.0

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