Redefinir le professionnalisme : Une exploration historique et sociopolitique

Le livre de Faitini, Shaping the Profession, dévoile la riche histoire et les facettes multidimensionnelles morales, légales et socio-économiques de la professionnalisme, invitant à une réflexion profonde sur le rôle et l'évolution des professions à l'intersection du travail, de l'éthique et des normes sociales.

Le tableau de Thomas Eakins, 'The Agnew Clinic' (1889), capture un moment d'instruction clinique, mettant en évidence les aspects collaboratifs et éducatifs de la profession médicale au XIXe siècle.

Shaping the Profession: Towards a Genealogy of Professional Ethics,, écrit par Tiziana Faitini, explore l'évolution complexe de la « profession » et de ses dimensions éthiques. Le livre mélange des perspectives philosophiques, juridiques et théologiques pour retracer la trajectoire du concept de « profession » depuis l'Antiquité romaine jusqu'à son rôle central dans la société moderne. Il examine le parcours transformateur du devoir professionnel, éclairant son influence profonde sur l'identité sociale et le statut à travers les époques.

Ce travail va au-delà des récits historiques traditionnels, offrant une analyse critique de la pensée sociopolitique dans le contexte du paysage professionnel mondial en constante évolution. Il élargit son examen aux domaines de l'académie et de la pratique professionnelle dans les universités médiévales, mettant en lumière les dimensions politiques, juridiques et économiques des professions académiques. Le discours sur les rôles et les responsabilités de ces professions est mis en avant, aux côtés d'une étude détaillée de la littérature des XVIIIe et XIXe siècles qui a façonné la conduite professionnelle des médecins, avocats et des groupes professionnels émergents, en soulignant le rôle de l'occupation dans la définition du statut social et civil.

Ce livre est essentiel pour ceux qui cherchent à comprendre et à naviguer dans les dynamiques complexes de la professionnalisme et de l'éthique dans le monde d'aujourd'hui.

Shaping the Profession sert ainsi de ressource complète, offrant des perspectives nuancées sur l'interaction entre la profession, l'inclusion sociopolitique et la formation de la citoyenneté dans les démocraties basées sur le travail. Il invite les lecteurs à s'engager dans l'évolution continue de l'éthique professionnelle, soulignant son impact durable sur le tissu de la société moderne. Ce livre est essentiel pour ceux qui cherchent à comprendre et à naviguer dans les dynamiques complexes de la professionnalisme et de l'éthique dans le monde d'aujourd'hui.

Dans les prochaines sections, Tiziana Faitini développe les idées centrales de son livre, avec Michele Nicoletti et Massimo Palma offrant ensuite leurs commentaires universitaires. Ces analyses apportent des perspectives diverses sur les thèmes et les implications du travail de Faitini, contribuant à une compréhension globale de sa pertinence historique et sociopolitique.

Professionalisme : De la citoyenneté à l'inclusion

Par Tiziana Faitini

Dans les sociétés néolibérales contemporaines, l'archétype du professionnel a émergé comme un idéal primordial, influençant profondément nos domaines économiques, sociaux, moraux, politiques et personnels. Cette figure omniprésente soulève des questions cruciales : Quels sont les origines de cet archétype et comment est-il devenu si essentiel dans différents aspects de nos vies ?

Shaping the Profession vise à explorer la professionnalisme comme une expérience multidimensionnelle. S'inspirant de la méthode généalogique de Michel Foucault, en particulier de son étude de la sexualité, il examine la professionnalisme comme une interaction entre les domaines de connaissance, les cadres normatifs et les formes de subjectivité. L'objectif est de retracer les couches historiques de valeur attribuées au rôle professionnel, en scrutant ses dimensions morales, légales, sociales, économiques et épistémologiques.

Les professionnels sont devenus des figures centrales dans de nombreux discours, éclipsant le concept traditionnel du « travailleur » qui dominait les débats politiques et sociologiques au XXe siècle. Le discours en évolution sur l'éthique professionnelle illustre ce changement, comme en témoigne la croissance de la recherche académique axée sur la conduite professionnelle et la multiplication des codes de conduite et des normes édictées par les organismes professionnels.

Malgré les importantes contributions de divers chercheurs, une enquête historique exhaustive sur le discours de l'éthique professionnelle était absente. Ce livre s'efforce de combler cette lacune, en explorant les conditions historiques qui ont façonné à la fois le discours sur l'éthique professionnelle et le concept même de « professionnel ».

Le parcours de cette exploration s'étend de la Rome antique à nos jours, englobant des sources philosophiques, juridiques et théologiques d'Italie, de France, d'Allemagne et du Royaume-Uni. Adoptant une perspective de longue durée, l'étude présente un aperçu sélectif des développements conceptuels, de l'interaction des idées juridiques, religieuses et économiques, ainsi que de la relation entre la théorie et la pratique.

La tâche politique et philosophique à venir consiste à réimaginer le vocabulaire de l'inclusion sociopolitique.

Tiziana Faitini

L'interprétation par Max Weber du concept protestant de Beruf (vocation) est une référence essentielle dans cette narration. Weber soutenait que la rationalité économique moderne découlait non pas de l'Éclairage ou de la sécularisation, mais d'une rationalisation intrinsèque au sein des religions, en particulier le protestantisme et le calvinisme. Cette thèse, bien que débattue, offre un aperçu profond de la compréhension historique et philosophique de la professionnalisme, de la philosophie du travail et du capitalisme.

Cependant, le concept deBeruf, malgré sa force analytique, n'embrasse pas toute l'histoire du champ sémantique de la professionnalisme. Le terme « profession » a historiquement transcédé Beruf, englobant un spectre plus large de significations liées à la citoyenneté, à l'activité économique et aux devoirs moraux et légaux. Cette recherche trace une histoire nuancée de la « profession » et de sa relation avec des concepts comme « statut » et « fonction », mettant en évidence son association initiale avec la citoyenneté et l'inclusion avant son évolution vers le domaine de l'activité économique et de l'acquisition.

Cette perspective historique éclaire un aspect clé de la rationalité sociale et politique européenne : le lien crucial entre l'occupation et l'inclusion sociopolitique, conduisant à la notion contemporaine des démocraties basées sur le travail et leur conceptualisation de la citoyenneté. Le rôle de l'occupation dans la détermination du statut sociétal et politique d'une personne souligne les implications sémantiques profondes de la profession.

Une généalogie de la professionnalisme n'est pas simplement une histoire de l'éthique professionnelle ou une exploration de la valorisation éthique du travail et de la « cage de fer » du capitalisme. C'est plutôt un examen critique de la pensée sociopolitique contemporaine et de l'appareil de la citoyenneté et des droits politiques et sociaux.

Cependant, cet appareil est confronté à des défis à l'ère actuelle, marquée par des transformations dramatiques dans le monde du travail en raison de la technologie de l'information, de l'augmentation de la précarité de l'emploi et de l'érosion du modèle fordiste du plein emploi et du bien-être lié au travail. La tâche politique et philosophique à venir implique de réimaginer le vocabulaire de l'inclusion sociopolitique. Une compréhension profonde de ce contexte historique est essentielle pour remodeler nos démocraties du travail, redéfinir les protections sociales, les droits et la valorisation des devoirs professionnels dans un monde en évolution rapide.

Travail et citoyenneté : Le rôle évolutif de la professionnalisme dans la société

Par Michele Nicoletti

Dans son œuvre phare, Tiziana Faitini entreprend une profonde exploration de l'évolution de l'éthique professionnelle à travers les civilisations occidentales, révélant finalement une mosaïque vibrante d'épanouissement individuel et d'intégration sociale dans les domaines du travail et des activités professionnelles. L'étude généalogique méticuleuse de Faitini dévoile la nature multiforme du professionnalisme, un concept qui, en surface, semble exclusivement axé sur le dévouement à exceller dans son métier. Cependant, cette exploration révèle une multitude d'aperçus sur des thèmes essentiels tels que l'appel éthique-religieux, l'identité politique, l'inclusion sociale et la poursuite des rêves et des ambitions personnels.

Plongeant dans le complexe mélange de « vocation » et de « profession », le livre de Faitini illumine une riche toile de textes spirituels, philosophiques, politiques et légaux qui s'étendent sur plus de deux mille ans. Discours, sermons, traités, normes constitutionnelles, lois et codes éthiques ont façonné de manière complexe l'entreprise humaine, que ce soit dans le travail quotidien ou dans la recherche créative extraordinaire. Du patrimoine partagé de la latiné médiévale et du christianisme aux diverses traditions nationales à travers l'Europe, le travail de Faitini offre un examen complet des voix historiques d'artistes, d'artisans et de professionnels.

Dans la société moderne, l'accent passe de l'occupation des espaces à la domination du temps de vie.

Michele Nicoletti

Shaping the Profession élève ce qui semble être un sujet étroit de l'éthique professionnelle au statut de point central du discours philosophique et politique, nous poussant à revisiter les questions fondamentales sur l'essence du travail et son rôle essentiel dans la connexion de l'individu à la société et à la sphère politique.

L'une des discussions les plus marquantes inspirées par le texte concerne le rôle du travail et des activités professionnelles dans la dynamique de l'inclusion politique, notamment personnifié par le concept de citoyenneté. À première vue, l'importance du travail dans les contextes politiques semble être un phénomène moderne. Traditionnellement, les sociétés, de l'ère néolithique à la Révolution industrielle, étaient construites sur l'occupation de la terre, un facteur crucial dans l'établissement des structures sociales et économiques et de l'autorité politique. Selon cette perspective, le « politique » émergeait d'une base sociétale ancrée dans le contrôle des moyens de production et le pouvoir coercitif, caractéristique à la fois des grandes aristocraties militaires et des petites.

Que ce soit par le biais d'associations républicaines ou de domination féodale, la combinaison de la terre et du pouvoir militaire a été la pierre angulaire du pouvoir politique et le cadre de l'inclusion politique, englobant à la fois la classe dirigeante et le concept de « citoyenneté ». La matérialisation sociale du politique, avec ses concepts associés, a émergé de cette base, englobant des expériences de contrôle territorial, de conquête et d'appropriation d'espaces et de corps. Ce paradigme médiéval s'est étendu au-delà de l'Europe pendant l'ère moderne à travers des conquêtes territoriales et la colonisation.

En contraste, et souvent éclipsées par la dominance militaire, le commerce commercial et les activités industrielles ont évolué, présupposant et remodelant les notions d'appropriation matérielle et spirituelle. Ces activités ont progressivement représenté une logique différente, contraire à celle du « soldat » – la logique du « bourgeois », visant à remplacer la guerre par des échanges pacifiques, rationnels et commerciaux. La distinction d'Herbert Spencer entre les « sociétés militantes » et les « sociétés industrielles » encapsule cette dichotomie.

Les sociétés militantes, organisées pour la guerre, reposaient sur la cohésion interne, les hiérarchies strictes et la discipline, souvent au détriment de la liberté individuelle. Leur lutte constante pour la survie et la domination nécessitait l'autosuffisance matérielle, le protectionnisme et des politiques étrangères agressives. En revanche, les sociétés industrielles ont réorienté l'agressivité humaine vers un travail productif, mettant l'accent sur la création de biens socialement bénéfiques et les efforts coopératifs volontaires plutôt que sur la coercition étatique.

The Law Student" by Norman Rockwell (1927) encapsulates professionalism, showing a student immersed in legal studies.
A detail of ‘The Law Student’ by Norman Rockwell (1927).

L'analyse de Spencer, malgré sa vision optimiste de la coopération volontaire, reconnaît que le travail n'est pas simplement une antithèse de l'activité militaire, mais plutôt une sublimation de celle-ci. Cette perspective révèle pourquoi la production industrielle conserve souvent la logique et la terminologie de la guerre. Dans ce contexte, la production devient la nouvelle forme d'appropriation post-conquête, conduisant à la conscription obligatoire et à la formation d'armées industrielles de réserve. Cependant, le concept d'occupation persiste, non seulement en termes d'expansion territoriale ou d'extraction de valeur des ressources humaines, mais aussi en termes d'occupation du temps. Dans la société moderne, l'accent se déplace de l'occupation des espaces à la domination du temps de vie, brouillant les frontières entre le travail et les loisirs, niant l'oisiveté par la mobilisation de philosophies religieuses et morales.

Cet aspect dual - la transformation des instincts agressifs en travail et la transition de l'occupation spatiale à l'occupation temporelle - mérite une exploration plus approfondie. Le paysage politique moderne porte les empreintes de cette évolution. Thomas Hobbes, dans son ouvrage Leviathan, articule la transition d'un état de nature à une société animée par l'industrie, non par la conquête, où le système politique vise à reconnaître, valoriser et compenser les efforts industriels. Ce changement vers une société industrielle gagne encore plus d'élan dans la théorie du travail/propriété de John Locke.

L'ère de la bourgeoisie marque un départ significatif de la glorification traditionnelle de la valeur militaire, mettant en évidence l'importance du travail et de la profession dans l'inclusion sociale et politique. Cette transition comble le fossé entre les sociétés féodales, centrées sur la terre et le pouvoir militaire, et les sociétés individualistes modernes. L'expérience historique des sociétés d'États, avec leur toile complexe de corporations, d'États et une diversité d'activités et de professions, joue un rôle clé dans cette évolution.

La prééminence du travail dans la constitution des États modernes est liée non seulement à l'essor de la bourgeoisie et du prolétariat industriel, mais aussi à l'influence durable des sociétés d'États et à leur transition vers des États corporatistes au XXe siècle. Ce parcours constitutionnel inclut la reconnaissance du droit au travail dans des documents politiques importants, traçant une lignée de Hegel aux États corporatistes fascistes. D'un point de vue sociétal, la construction de l'État moderne résulte non seulement de l'interaction des aristocraties foncières, des bourgeoisies commerciales et des classes militaires, mais aussi de l'influence des groupes professionnels, illustrée par le rôle crucial des juristes à l'époque médiévale et moderne.

La dyade travail-citoyenneté, bien qu'elle ait un potentiel libérateur considérable, révèle également des tendances discriminatoires envers les femmes, les jeunes, les personnes âgées et les étrangers.

Michele Nicoletti

Shaping the Profession entrelace habilement des développements novateurs avec des continuités durables, y compris la persistance du langage, des métaphores et des pratiques militaires. L'exaltation du travail et de l'ardeur au travail, teintée de rhétorique militante, évoque la narration traditionnelle du combat et de la lutte. L'essai de Carl Schmitt de 1934 met en lumière la victoire nuancée du « bourgeois » sur le «soldat», non pas dans le contexte du bourgeois passif cherchant la paix pour des gains commerciaux, mais plutôt dans l'image du producteur en tant que "combattant" moderne par excellence.

Cette perspective cadre le travail non seulement comme une lutte contre la nature et pour la création de valeur, mais aussi comme une lutte des classes, conservant un caractère militaire et militant depuis les révolutions de 1848 jusqu'à la Révolution russe et au-delà. Sous la narration libérale d'une ère industrielle paisible remplaçant la guerre et la violence par le commerce et la négociation, la dimension militaire persiste, infiltrant tous les groupes sociaux et impliquant chaque individu dans une lutte existentielle et sociale.

Le XXe siècle intensifie davantage cette militarisation du travail et la remilitarisation de la politique, avec de nouveaux dirigeants politiques revêtant souvent des uniformes militaires. Schmitt interprète cela comme la revanche du soldat sur le bourgeois, mais le processus reste très ambivalent. Le travail est devenu un moyen d'inclusion et, malgré son organisation militaire, son mythe émancipatoire perdure. Les figures du travailleur et du soldat marchent côte à côte, se mirant mutuellement, avec les camps de travail faisant écho aux camps de concentration. Schmitt lui-même, éloigné du mythe du travail, critique la confusion du travail avec l'ambition impériale.

Dans les temps contemporains, nous assistons au début potentiel d'une ère post-travail, avec des efforts visant à transcender le cadre centré sur le travail de l'inclusion sociale et politique. La dyade travail-citoyenneté, bien qu'elle ait un potentiel libérateur considérable, révèle également des tendances discriminatoires envers les femmes, les jeunes, les personnes âgées et les étrangers.

Au-delà de la simple dichotomie entre travailleur-citoyen ou citoyen-travailleur, nous sommes à nouveau attirés par l'interaction complexe entre Bürger et Citoyen. Il est prématuré de juger si les efforts visant à démanteler ou à remodeler le lien entre l'emploi et la citoyenneté parviendront à une plus grande inclusivité. La pertinence des rôles professionnels reste intacte dans notre discours sociétal. Les conflits mondiaux continuent de se manifester, de plus en plus, sous forme d'occupations territoriales, affectant à la fois les domaines tangibles et numériques. De plus, l'empiètement omniprésent sur notre vie quotidienne ne montre aucun signe de ralentissement. Tracer l'évolution et les interconnexions historiques du travail et de la profession avec les droits sociaux et politiques, comme le fait ce livre, offre une base solide pour comprendre et naviguer dans les changements en cours dans ces domaines.

Shaping the Profession: Au-delà du paradigme traditionnel du travail

Par Massimo Palma

Dans le septième chapitre du Procès de Kafka, nous assistons à la lassitude de Josef K. lorsqu'il rencontre Titorelli, le prétendu « peintre de la cour». Titorelli développe longuement ses œuvres de paysages de lande, qui, malgré leur nature identique, suscitent des réactions variées chez les acheteurs. Au milieu de l'atmosphère oppressive qui règne tout au long du roman, Josef K., submergé dans l'étroit atelier du peintre, a du mal à se concentrer sur le récit de Titorelli sur sa vie en tant qu'artiste appauvri, que Kafka qualifie d «expériences professionnelles du peintre mendiant».

Kafka juxtapose de manière intrigante le terme « expérience professionnelle » avec un exclu de la société, le Bettelmaler, remettant en question nos opinions conventionnelles sur un travailleur ayant une histoire professionnelle notable. La double identité de Titorelli en tant qu'artiste et mendiant diffère considérablement de la notion traditionnelle du travail défini par l'expertise et la formation éducative. L'art et la mendicité, tels qu'ils sont dépeints dans le roman, ressemblent davantage aux loisirs (otium) qu'aux affaires (negotium). Cependant, Kafka lie habilement ces concepts, suggérant que la véritable compréhension professionnelle pourrait résider dans la vie du non-conformiste, l'artiste qui cherche une rémunération pour son art de rue.

Faitini illustre que faire partie d'une profession ne concerne pas seulement les compétences, mais cela façonne également l'identité de l'individu et contribue aux normes éthiques et légales plus larges.

Massimo Palma

Dans son livre, Tiziana Faitini plonge dans l'interaction complexe entre l'oisiveté, l'instabilité et les jugements sociaux sur ceux qui embrassent un tel mode de vie. L'exploration philosophique et politique de Faitini, étayée par des preuves historiques, réexamine la notion de « profession» . Son livre s'efforce d'infuser l'ancienne idée de l'expérience professionnelle d'une profondeur conceptuelle et historique, influencée par Foucault et la tradition de la Begriffsgeschichte (histoire conceptuelle). Faitini illustre que faire partie d'une profession ne concerne pas seulement les compétences, mais cela façonne également l'identité de l'individu et contribue aux normes éthiques et légales plus larges.

L'œuvre de Faitini revisite également le concept de Max Weber du Beruf, l'utilisant comme toile de fond et référence dans la conversation. Elle vise à offrir une perspective alternative aux idées de Weber, en retracant l'évolution du terme « profession» depuis ses racines romaines. Le terme latin professio est originaire de profiteor, qui signifie « déclarer officiellement ». Initialement, il signifiait la soumission au pouvoir dominant. « Professer » a commencé comme une fonction linguistique déclarative et a évolué au fil des siècles pour signifier une relation engagée entre les professionnels et leur formation spécialisée.

L'étude explore l'éthique de l'oisiveté et sa juxtaposition avec la sainteté du travail.

Massimo Palma

Faitini highlights the multifaceted nature of professions throughout history, from their economic and ethical implications to their cultural and educational aspects. The book explores the interconnection between work ethics and professionalism, underscoring the complex relationship between economic gain and moral obligation in various professions.

Dans un contexte plus large, l'étude de Faitini aborde les dimensions sociales et politiques du professionnalisme. Elle examine le rôle du travail en tant qu'intégrateur social et la profession comme son principal agent, en discutant de l'évolution historique de l'éthique du travail et du concept de vocation. L'étude se penche sur l'éthique de l'oisiveté et sa juxtaposition avec la sainteté du travail. Elle explore des thèmes tels que la glorification du travail et la stigmatisation de l'inactivité dans la société bourgeoise. De plus, l'étude met en lumière la préhistoire du capitalisme cognitif contemporain, caractérisée par la représentation de l'intellectuel, souvent dans un état précaire, en tant qu' « entrepreneur de soi-même » diligent et actif.

En fin, Shaping the Profession est une exploration approfondie des aspects historiques, philosophiques et sociopolitiques du professionnalisme et du travail intellectuel. Le livre de Faitini offre une compréhension nuancée du rôle et de l'évolution des professions, invitant les lecteurs à reconsidérer les intersections du travail, de l'éthique et des normes sociétales.

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Professeure adjointe en philosophie politique à l'Université de Trente, Italie, son dernier livre, Shaping the Profession: Towards a Genealogy of Professional Ethics, explore le concept de travail et l'évolution du rôle des professionnels.
Professeur titulaire de philosophie politique à l'Université de Trente, en Italie, spécialisé en théologie politique et dans l'œuvre de Carl Schmitt. Ancien Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Professeur de Philosophie politique à l'Université Suor Orsola Benincasa à Naples, en Italie, spécialisé en philosophie et littérature allemandes du XXe siècle.