Expression et Équité : Dynamiques universitaires au Canada

Dans les universités canadiennes, 'Expression et Équité' ne sont pas seulement des concepts, mais les piliers qui façonnent un avenir de dialogue inclusif et de perspectives diverses.

Les étudiants unis pour la justice lors de la manifestation contre le racisme à l'Université de York, incarnant l'esprit d'expression et d'équité. Photo par Theonlysilentbob.

Les deux principes en jeu

Les universités servent de lieux critiques où l'équilibre délicat entre la liberté d'expression et la quête de l'équité est constamment négocié. Dans le contexte des universités canadiennes, cet équilibre est particulièrement fragile et essentiel. Ici, les principes de l'expression et de l'équité ne sont pas seulement des concepts académiques, mais sont également profondément ancrés dans des cadres juridiques, tels que la Charte canadienne des droits et libertés et diverses législations sur les droits de l'homme. Ces deux piliers soutiennent l'idée que, bien que la liberté individuelle de parole soit essentielle, elle doit coexister avec l'objectif collectif d'un traitement équitable pour tous, en particulier pour ceux issus de milieux marginalisés.

Récemment, les défis pour maintenir cet équilibre sont devenus plus prononcés. L'émergence et la croissance de groupes d'extrême droite sur les campus ont suscité d'intenses débats sur l'étendue de la régulation de l'expression pour protéger l'équité. Le cœur de ces débats tourne souvent autour de la question de comment créer un environnement d'apprentissage sûr et inclusif pour tous les étudiants, sans restreindre indûment l'échange dynamique d'idées. Cette tension souligne la lutte continue au sein des universités canadiennes pour concilier les droits à la libre expression avec la nécessité d'assurer un paysage académique équitable pour chaque étudiant, quelle que soit son origine.

Le rôle des codes étudiants et des politiques de civilité

Dans la complexité de la gouvernance universitaire, les codes de conduite des étudiants et les politiques de civilité sont des outils importants. Ces politiques, conçues par les administrations universitaires, visent à guider et parfois à réguler le comportement non académique des étudiants. Idéalement, elles contribuent à maintenir un environnement campus respectueux et harmonieux. Cependant, la mise en œuvre de ces politiques entre souvent dans des domaines controversés, en particulier lorsqu'elles entrent en collision avec le domaine de la défense politique, un élément essentiel de l'expression et de l'équité dans les environnements académiques.

L'application des codes de conduite met souvent en évidence une disparité claire, affectant de manière disproportionnée les étudiants marginalisés.

Cette intersection devient particulièrement chargée lorsque les efforts de plaidoyer des groupes marginalisés sont impliqués. Ces groupes utilisent souvent l'expression politique comme un outil pour remettre en question les inégalités existantes et lutter pour un environnement universitaire plus inclusif. Cependant, l'application des codes de conduite et des politiques de civilité peut, parfois involontairement ou autrement, restreindre ces efforts. Plutôt que de favoriser l'environnement d'apprentissage sûr et respectueux prévu, ces codes peuvent paradoxalement limiter la liberté d'expression des étudiants. Cette limitation n'affecte pas seulement leur capacité à exprimer des préoccupations, mais restreint également leur capacité à s'engager de manière critique avec des idées controversées ou stimulantes.

De plus, ces politiques peuvent créer une dichotomie entre l'idéal de favoriser un espace d'apprentissage sûr et la réalité de limiter le discours ouvert. Dans leur quête d'équilibre entre l'expression et l'équité, les universités sont confrontées au défi de s'assurer que ces codes ne deviennent pas des instruments qui répriment involontairement les voix mêmes qu'ils sont censés protéger. La tâche consiste alors à élaborer et à mettre en œuvre des politiques qui soutiennent une large gamme d'expressions tout en préservant les principes de l'équité, en veillant à ce que tous les étudiants, en particulier ceux des communautés marginalisées, aient des opportunités égales de participer au discours académique dynamique qui est la marque distinctive de l'enseignement supérieur.

Les universités canadiennes jouissent d'une position juridique autonome unique, un privilège qui leur accorde une indépendance significative par rapport à la supervision directe du gouvernement. Cette autonomie permet à ces institutions de formuler leurs propres réglementations concernant la conduite des étudiants, une responsabilité qui comporte des implications profondes pour les principes d'expression et d'équité. Cette autonomie, bien qu'essentielle pour préserver la liberté académique, soulève également des questions complexes sur la nature et les limites du discours autorisé dans le domaine académique. Ces questions deviennent particulièrement pertinentes lorsqu'on considère les types de discours qui sont conformes ou qui favorisent les missions éducatives de ces institutions.

La promotion de la liberté d'expression, sans une prise en compte simultanée de l'équité, peut conduire à des environnements où l'expression de certains l'emporte sur les droits et la dignité d'autres.

Les universités déclarent souvent leur engagement à défendre les droits des étudiants à la liberté d'expression et d'association, considérant ces droits comme fondamentaux pour l'expérience éducative. Cependant, la réalité de la mise en œuvre de ces droits révèle un paysage marqué par des incohérences et des limitations. Le défi réside dans la détermination des formes de discours et d'association qui servent les objectifs éducatifs et les valeurs de l'université, et celles qui pourraient les contrevenir. Cette tâche est compliquée par les perspectives diverses et parfois conflictuelles au sein de la communauté universitaire.

De plus, l'autonomie des universités nécessite un équilibre délicat. D'un côté, il est nécessaire de maintenir un environnement propice à la libre recherche académique et à l'expression, un pilier de l'enseignement supérieur. D'un autre côté, il est tout aussi nécessaire de veiller à ce que cette liberté ne porte pas atteinte aux principes d'équité et d'inclusivité. La recherche de cet équilibre place souvent les administrations universitaires à la croisée des chemins de dilemmes éthiques et juridiques complexes, où les limites de l'expression et de l'équité sont constamment négociées et redéfinies. Dans ce contexte, le rôle des politiques universitaires devient non seulement administratif, mais aussi profondément éducatif, guidant les étudiants non seulement dans leurs poursuites académiques, mais aussi dans leur compréhension et leur pratique des responsabilités civiques et des droits.

Disparités dans l'application des codes de conduite

L'application des codes de conduite met souvent en évidence une disparité claire, affectant de manière disproportionnée les étudiants marginalisés. Ces étudiants sont régulièrement confrontés à un écart troublant entre leur droit à la liberté d'expression et leur droit d'association, un écart qui souligne la lutte continue pour équilibrer l'expression et l'équité. Les cadres quasi-juridiques de ces codes, bien qu'ils aient pour objectif de réguler équitablement le comportement des étudiants, ne parviennent parfois pas à protéger les étudiants d'une application discriminatoire ou biaisée.

Les discours de haine ne sont pas seulement offensants, mais constituent une atteinte à la dignité des membres vulnérables de la société.

Ce déséquilibre dans l'application des codes de conduite peut entraîner des résultats contradictoires, où l'intention de créer un environnement respectueux et équitable réprime involontairement la parole politique et la défense. Cela est particulièrement préoccupant lorsqu'on considère les principes de l'expression et de l'équité, car les voix des étudiants marginalisés qui plaident en faveur du changement ou de la représentation sont celles qui risquent le plus d'être réduites au silence ou pénalisées.

Notables exemples de cette disparité peuvent être observés dans des incidents survenus à l'Université Dalhousie et à l'Université Wilfrid Laurier, où la nature du discours et l'identité de l'orateur ont influencé l'application des codes de conduite. Ces cas illustrent comment l'application de ces codes n'est pas toujours alignée sur les idéaux d'expression et d'équité, suscitant des questions sur l'équité et le traitement équitable de tous les étudiants.

Pour résoudre ces problèmes, il est crucial que les universités réévaluent leurs codes de conduite, en veillant à ce qu'ils soient appliqués de manière à promouvoir véritablement les valeurs de l'expression et de l'équité. Cette réévaluation devrait viser à créer un environnement où les étudiants peuvent s'engager dans un discours ouvert et significatif sans craindre de représailles injustes, et où les droits à la libre expression et au traitement équitable ne sont pas seulement des idéaux théoriques, mais sont activement promus et protégés dans la vie quotidienne de l'université.

L'impact des directives gouvernementales

Le paysage de l'expression et de l'équité au sein des universités canadiennes a été significativement influencé par les récentes directives gouvernementales, en particulier celles introduites par l'administration Ford en Ontario. Ces directives, centrées sur le principe de la liberté d'expression, étaient censées renforcer la liberté d'expression sur les campus universitaires. Cependant, leur mise en œuvre a eu des conséquences complexes et souvent non intentionnelles, compliquant davantage l'équilibre déjà délicat entre la liberté d'expression et l'équité.

Au lieu d'atténuer les tensions inhérentes à l'équilibre de ces principes, ces directives les ont parfois exacerbées. L'un des effets les plus notables a été l'autonomisation de certains groupes, dont la rhétorique ou les actions peuvent remettre en question les principes de l'équité et de l'inclusivité. Cet autonomisation a parfois conduit à des confrontations et des conflits, comme l'illustrent les événements à l'Université York. De tels incidents soulignent les défis complexes liés au maintien d'un environnement où l'expression et l'équité sont à la fois valorisées et protégées.

Les directives, tout en visant à défendre la valeur de la liberté d'expression, ont involontairement mis en évidence les subtilités et les difficultés pour garantir que cette liberté n'empiète pas sur le traitement équitable de tous les étudiants. Le cas de l'Université de York illustre comment la promotion de la liberté d'expression, sans une considération simultanée de l'équité, peut conduire à des environnements où l'expression de certains dépasse ou diminue les droits et la dignité d'autres.

À la lumière de ces développements, il devient évident qu'une approche plus nuancée est nécessaire, une approche qui défende non seulement la liberté d'expression, mais qui promeuve également activement et défende les principes d'équité. Les universités, en réponse à ces directives gouvernementales, sont donc confrontées à la tâche de réévaluer leurs politiques et pratiques pour s'assurer qu'elles ne sont pas seulement conformes aux exigences légales, mais aussi reflètent un engagement envers un environnement académique équilibré et équitable. Cet équilibre est essentiel pour favoriser un climat sur le campus où les perspectives diverses sont entendues et respectées, et où chaque étudiant a l'opportunité de participer pleinement et librement à la communauté académique.

Lois canadiennes sur le discours de haine et le préjudice à la dignité

Le paysage juridique du Canada en ce qui concerne les lois sur le discours de haine joue un rôle essentiel dans le discours sur l'expression et l'équité, en particulier dans le contexte de l'enseignement supérieur. Ces lois, bien que relativement limitées, se concentrent principalement sur les discours incitant à la haine contre des groupes identifiables. Cependant, leur application et leur interprétation, en particulier dans les environnements universitaires, font souvent l'objet de débats et de confusion. Cette incertitude affecte considérablement la manière dont les questions de liberté d'expression et d'équité sont traitées dans les milieux académiques.

Au cœur de la compréhension de l'approche du Canada en matière de discours de haine se trouve la distinction entre la diminution de la dignité d'une personne et la simple provocation de l'offense. Le juriste Jeremy Waldron a contribué de manière significative à ce discours, en articulant que le discours de haine n'est pas seulement offensant, mais constitue une atteinte à la dignité des membres vulnérables de la société. Il représente une atteinte au bien public de l'inclusion, remettant en question la notion fondamentale d'égalité qui est essentielle pour une société démocratique. La perspective de Waldron est cruciale dans les universités, où les principes de l'expression et de l'équité sont constamment examinés et redéfinis.

Le discours de haine, tel que défini dans ce contexte, va au-delà de simples propos offensants ou inconfortables. Il remet en question le droit même de certains groupes à être traités comme des égaux dans la société. Cette forme de discours peut avoir des implications très importantes, nécessitant un cadre juridique qui ne traite pas seulement du contenu du discours, mais qui protège également la dignité des individus et des groupes. L'accent est mis sur le fait de s'assurer que les universités, en tant que microcosmes de la société, ne deviennent pas des plateformes pour une rhétorique qui dévalorise ou diminue la valeur de n'importe quel groupe en fonction de son identité.

Dans cette optique, les universités canadiennes ont la responsabilité d'interpréter et d'appliquer les lois sur le discours de haine de manière à promouvoir à la fois l'expression et l'équité. Le défi réside dans la création d'un environnement académique qui respecte la liberté d'expression tout en préservant simultanément la dignité et l'égalité de tous les membres de la communauté universitaire. Cet équilibre délicat est essentiel pour favoriser un environnement académique diversifié, inclusif et respectueux, où tous les étudiants peuvent s'épanouir sans craindre de subir un préjudice à leur dignité.

Expression et équité : Vers une approche équilibrée

Les défis rencontrés dans les universités canadiennes servent de microcosme aux tensions plus larges qui se situent sur la délicate ligne entre la liberté d'expression et la quête de l'équité. Ces défis exigent une approche réfléchie et équilibrée de la part des administrateurs et des décideurs. Il est impératif d'établir des critères qui aident non seulement les étudiants à identifier et à atténuer les atteintes à la dignité, mais aussi à garantir que les voix et les perspectives des groupes marginalisés soient adéquatement représentées et entendues.

Cette approche équilibrée signifie un changement vers une perspective plus décoloniale, s'éloignant d'une conception libérale étroitement définie des droits. Elle plaide en faveur d'un environnement académique qui est non seulement inclusif dans la rhétorique, mais aussi équitable dans la pratique. Un tel environnement reconnaît et respecte les expériences diverses et les visions du monde de son corps étudiant, enrichissant ainsi l'expérience académique pour tous.

Dans la recherche de cet équilibre, les universités doivent naviguer avec soin et précision dans les complexités de l'expression et de l'équité. L'objectif est de favoriser une culture sur le campus où le dialogue ouvert est encouragé et où tous les étudiants se sentent valorisés et soutenus. Cette approche ne concerne pas seulement le maintien de principes sur le papier ; il s'agit d'ancrer ces valeurs dans le tissu même de la communauté académique, en veillant à ce que le droit de chaque étudiant à l'expression soit équilibré par un engagement inébranlable envers l'équité.

Adapté d'un article académique pour un public plus large, sous licence CC BY 4.0

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